Les cours seront « totalement ou partiellement » suspendus dans 400 à 500 lycées lundi, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation lycéenne, a annoncé dimanche le ministre de l'Éducation Edouard Geffray sur France 2 et France Inter. Sur les 3 700 lycées du pays, entre 400 et 500 avaient déjà dû suspendre leurs cours vendredi, les conditions de sécurité matérielles n'étant « pas remplies » ou des personnels ayant été « directement visés ». Le ministre s'attend à un ordre de grandeur comparable lundi, avec une reprise partielle des cours.
Depuis les premiers blocages, 78 personnels de l'Éducation nationale ont été blessés, 24 établissements ont été incendiés ou saccagés et, en incluant les dégradations de logements de fonction, la facture atteint probablement entre 20 et 30 millions d'euros, selon le ministre.
Le mouvement, parti mi-septembre d'un lycée de Créteil (Val-de-Marne), s'est étendu à toute la France. Les lycéens réclament notamment plus de moyens humains et financiers, dénoncent les absences non remplacées de professeurs et le délabrement des bâtiments. La semaine a été marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre.
Sur le plateau de l'émission « Franc-jeu », face au coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, le ministre a de nouveau accusé LFI d'avoir « incité au blocage » et favorisé la flambée de violences. Jeudi, Matignon avait estimé que le mouvement basculait vers des « violences urbaines », y voyant une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche ».
Manuel Bompard a répliqué que la responsabilité incombait à l'exécutif, citant « dix années de politique macroniste », « 10 000 suppressions de postes d'enseignants », le refus de revalorisation du point d'indice ou encore Parcoursup. Il a « déploré » les violences mais regretté que le gouvernement « résume » le mouvement aux débordements pour « éteindre » des « revendications légitimes ». Il a fustigé des interventions « absolument disproportionnées des forces de l'ordre », évoquant un lycéen ayant perdu un œil lors d'un tir de flashball, un autre ayant reçu une grenade lacrymogène dans les yeux et une étudiante étranglée pendant plusieurs minutes.
La semaine dernière, plusieurs organisations dont le Syndicat de la magistrature, la CGT ou la Ligue des droits de l'Homme avaient accusé le gouvernement et les forces de l'ordre de « réprimer » la jeunesse avec des moyens « disproportionnés », soulignant la « vulnérabilité » de manifestants essentiellement des enfants.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a répondu dimanche que les forces de l'ordre « ne répriment pas la jeunesse » mais « protègent » élèves et étudiants désireux de « porter pacifiquement leurs revendications », déplorant des « accusations graves et sans fondement ».
Depuis lundi, les autorités ont dénombré plus de 5 000 interpellations, dont environ 85 % de mineurs, en marge du mouvement, dont 1 700 pour la seule journée de vendredi. Un adolescent de 16 ans a été interpellé après l'agression d'un enseignant à La Ciotat, aspergé d'essence. Un autre, âgé de 15 ans, soupçonné d'avoir actionné un spray enflammé sur le visage d'une passante à Marseille, a été déféré en vue de sa mise en examen pour « acte de barbarie ». Deux personnes ont été placées en garde à vue à Belfort pour avoir participé au passage à tabac d'un policier, l'un d'eux ayant lui-même déposé plainte pour « tentative de meurtre », selon son avocat.
Alors que « l'acte III » des lycéens, prévu mardi, inquiète une partie de la classe politique, le candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel a appelé dimanche enseignants, salariés et militants à les soutenir, pour que « les revendications émergent plutôt que la violence ». Les militants communistes proposeront aux organisations de jeunesse de les « aider » à « sécuriser les parcours », a-t-il dit.
