Des dizaines de milliers de lycéens vont de nouveau manifester mardi partout en France pour réclamer des moyens et une place nouvelle pour la jeunesse, sous haute surveillance des autorités. Ce troisième épisode d'un mouvement démarré mi-septembre en région parisienne intervient après plusieurs jours de tensions, de dégradations et de nombreux blessés.
Pour cet « acte III », les lycéens ont reçu le soutien d'une intersyndicale de l'Éducation nationale (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud et Solidaires), qui a appelé à descendre dans la rue à leurs côtés à Paris, Lyon, Marseille et dans une trentaine d'autres villes. « Les militantes et militants de la CGT seront là pour protéger les lycéennes et lycéens », a déclaré sa responsable Sophie Binet, citée par l'AFP.
Selon Matignon, 215 élèves ont été blessés depuis le début du mouvement, « l'immense majorité » l'ayant été « soit dans le cadre d'accidents », « soit par le fait d'autres individus extérieurs ». Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens lundi, un fait qui a suscité des critiques de la gauche contre la doctrine de maintien de l'ordre du gouvernement. À Tours, la semaine dernière, un lycéen de 16 ans a perdu l'usage d'un œil lors d'un blocage ; le parquet a évoqué des lésions « compatibles » avec un tir de LBD.
Les chiffres officiels font également état de plus de 700 blessés chez les forces de l'ordre et de près d'une centaine chez les personnels de l'éducation. Selon l'Intérieur, 6 059 interpellations ont été effectuées depuis le 28 septembre et plus de 5 000 personnes, essentiellement des mineurs, ont été placées en garde à vue. Dix enquêtes ont été ouvertes par la « police des polices » depuis le début du mouvement, selon l'entourage du ministre Laurent Nuñez.
Les lycéens mobilisés réclament des moyens, dénoncent l'insalubrité des bâtiments, le non-remplacement de professeurs, notamment dans les quartiers populaires, ainsi que les pressions et inégalités liées à la plateforme post-bac Parcoursup. Ils devraient recevoir mardi le renfort des étudiants. « On appelle à massivement bloquer tous les lieux d'études pour être en capacité de continuer à faire grandir la mobilisation et se retrouver avec une convergence des lycéens, lycéennes, étudiants, étudiantes, mais aussi des travailleurs et des travailleuses », a expliqué Eloïse Lefebvre-Milon, de l'Union étudiante, qui recensait une trentaine de sites bloqués lundi.
La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole classé à gauche, a également appelé les agriculteurs à faire « converger » les « colères » et à rejoindre la mobilisation des lycéens avec leurs tracteurs.
À un peu plus de six mois de la présidentielle, cette mobilisation s'étire dans un climat politique et social tendu, sur fond de hausse des prix et de recherches de coupes budgétaires dont certaines concernent les jeunes, comme les aides au logement. « Il existe une génération qui a l'impression de ne pas suffisamment être prise en compte dans l'élaboration des décisions qui la concernent directement », a estimé lundi Édouard Geffray, ministre de l'Éducation propulsé en première ligne pour tenter de contenir la situation.
Matignon a indiqué lundi soir que les revendications du mouvement lycéen devaient être portées « dans un cadre pacifique », appelant à ce que la mobilisation de mardi permette de « renouer avec une contestation encadrée, légale et démocratique ». Pour la manifestation prévue à Paris à partir de 14h00, quelque 2 000 policiers et gendarmes seront mobilisés pour encadrer un cortège qui pourrait compter entre 20 000 et 40 000 manifestants. La vigilance des autorités porte aussi sur d'éventuels « prérencards » dès la mi-journée dans plusieurs endroits de la capitale, sans déclaration préalable en préfecture.
Le sociologue Olivier Galland, directeur de recherche émérite au CNRS, qualifie ce mouvement d'« atypique par son origine », soulignant que « c'est la première fois qu'un mouvement survient qui ne suit pas une réforme de l'éducation ou une réforme concernant la jeunesse (...) Là, c'est quelque chose de plus spontané, de plus éruptif ».
