Le taux d'intérêt exigé par les marchés pour prêter à l'État français à échéance dix ans a brièvement dépassé 5 % mercredi, atteignant 5,002 % vers 11H05 (heure de Paris), un niveau inédit depuis 2002, avant de légèrement reculer à 4,95 % vers 15H10.
L'écart avec le taux d'emprunt à dix ans de l'Allemagne, considérée comme l'emprunteur le plus sûr d'Europe, a atteint 1,59 point de pourcentage vers 11H00, un plus haut depuis 2011, en pleine crise de la dette en zone euro. Cet indicateur, appelé « spread », mesure la méfiance des investisseurs : plus il est élevé, plus la France paie cher pour se financer par rapport à l'Allemagne. La France emprunte même à un taux nettement plus cher que l'Italie (4,58 % vers 12H30) et l'Espagne (4,06 %), deux pays longtemps considérés comme des maillons faibles de la zone euro.
Interrogé, le ministère français de l'Économie a déclaré que « la consolidation budgétaire est la seule voie et l'unique réponse crédible aux marchés » et que « notre objectif de déficit à 5 % (en 2027) demeure inchangé et intangible ».
Plusieurs analystes cités avancent deux explications principales. La première tient à la situation des prix de l'énergie, qui pousse l'inflation vers le haut et nourrit l'anticipation d'un relèvement des taux de la Banque centrale européenne, avec un effet sur l'ensemble des taux d'emprunt. La seconde est propre à la France : incertitudes politiques et budgétaires, vote du budget avant la fin de l'année et échéance présidentielle au printemps 2027. Des analystes estiment que les pillages et dégradations survenus samedi et dimanche, en marge de la mobilisation nationale pour le pouvoir d'achat, ont renforcé les doutes sur la capacité du pays à mettre en œuvre les économies nécessaires.
Le 1er octobre, le taux français avait frôlé les 5 %, à 4,96 % en séance, avant de retomber à 4,92 % à la clôture, après la présentation du projet de budget du gouvernement pour 2027, qui prévoit 43 milliards d'euros d'efforts nouveaux pour ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027. L'atteinte d'un compromis paraît difficile dans un Parlement très divisé.
Prochain rendez-vous pour la dette française : l'agence Moody's doit réexaminer vendredi la note de la France, actuellement classée Aa3, dernier cran de la catégorie « haute qualité », avec une perspective négative, ce qui signifie qu'elle envisage de l'abaisser. Une note plus basse pourrait encore renchérir le coût de la dette.
