Les députés espagnols se prononcent vendredi à Madrid sur deux décrets sur le logement portés par le gouvernement de gauche, dans un contexte de mobilisation pour le droit au logement. Selon l'AFP, l'opposition de droite (PP) et d'extrême droite (Vox), qui réclament des élections anticipées en cas d'échec, a annoncé qu'elle voterait contre ces textes, comme les sept parlementaires du parti indépendantiste catalan Junts, ne laissant aux textes quasiment aucune chance d'issue favorable.
Devant le Congrès des députés, des milliers de manifestants se sont réunis à la mi-journée pour réclamer l'adoption de ces décrets visant à protéger davantage les locataires, a constaté un journaliste de l'AFP. Certains militants campent depuis près d'une semaine pour le droit au logement sur la Puerta del Sol, place touristique du centre de Madrid située à quelques centaines de mètres du Parlement.
Les deux textes présentés mardi par l'exécutif prévoient notamment le renouvellement automatique des contrats de location à leur échéance, ainsi que des mesures pour restreindre les expulsions de locataires vulnérables. Ils visent également les « fonds vautours », définis comme les groupes acquérant des biens immobiliers à bas prix afin de maximiser leur rentabilité.
Le gouvernement a plaidé ces derniers jours pour leur adoption. Le Premier ministre Pedro Sánchez a appelé les députés de la chambre basse, où son exécutif de coalition ne dispose pas de majorité, à agir avec « responsabilité », déclarant sur X jeudi soir : « L'heure de vérité est arrivée ». Vendredi au début des débats, sa ministre du Logement, Isabel Rodríguez, a insisté : « La session d'aujourd'hui n'est pas une session de plus. Des milliers de personnes attendent le résultat du vote de cette chambre. »
La perspective d'un rejet a suscité la colère du syndicat des locataires espagnols, dont la porte-parole, Alicia del Río, a déploré un parlement « qui défend la spéculation », fustigeant « le décalage colossal entre ce que demande la société et ce qui va être voté ».
Selon l'AFP, l'exécutif a besoin de l'abstention des nationalistes catalans de Junts pour faire adopter au moins l'un des décrets. Mais le parti du dirigeant en exil Carles Puigdemont a annoncé jeudi soir qu'il voterait aussi contre les deux textes, les jugeant mal ficelés, et a demandé à l'exécutif de les retirer et d'élaborer de nouveaux textes.
La menace d'un nouveau revers parlementaire alimente les spéculations sur d'éventuelles élections anticipées, une hypothèse que Pedro Sánchez a jusque-là toujours écartée, alors que le prochain scrutin doit avoir lieu au maximum à l'été 2027. « Plus les élections auront lieu tôt, mieux ce sera », a lancé vendredi Santiago Abascal, le leader de Vox, troisième formation politique du pays.
Le logement abordable est depuis des années l'un des principaux problèmes sociaux en Espagne. Les protestations ont pris de l'ampleur après l'expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans chassée de l'appartement où elle vivait depuis sept décennies, un événement qui a provoqué une vague d'indignation nationale. Les militants du droit au logement ont depuis installé des campements de protestation dans le centre de Madrid et dans d'autres villes, et fait de l'octogénaire le visage de la crise du logement. Selon la Banque d'Espagne, le pays, où vivent quelque 50 millions d'habitants, compte un déficit d'environ 700 000 logements.
