La France sort d'un week-end de violences, de pillages et d'incendies de bâtiments publics survenus en marge de la journée nationale de mobilisation du 17 octobre contre la « vie chère », dont les manifestations proprement dites se sont déroulées pacifiquement. La situation met sous pression le gouvernement, critiqué sur sa stratégie de maintien de l'ordre, à six mois de l'élection présidentielle.
Réuni lundi à la mi-journée en cellule interministérielle de crise, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé avoir demandé aux préfets de « déclencher un certain nombre de couvre-feux » lundi soir, « partiels » et « localisés », afin de protéger notamment les commerces. Il a ajouté qu'un état d'urgence pourrait être instauré « si c'est utile », tout en estimant que les couvre-feux lui paraissaient « davantage adaptés ». Il a par ailleurs accusé le « mouvement de l'ultragauche » de vouloir « organiser un désordre profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle ».
Sur le plan économique, le gouvernement a annoncé qu'« au moins 3 000 commerces » avaient été touchés par des dégradations ou des pillages ce week-end. Ils pourraient bénéficier de mesures de chômage partiel dès mardi et un « fonds de soutien spécifique » sera lancé. « Il n'est pas question qu'il y ait de la casse sociale dans cette affaire », a déclaré le Premier ministre.
À Paris, au moins 145 gardes à vue étaient en cours lundi, après « diverses actions de dégradations, de pillages et de prise à partie des forces de l'ordre » dimanche et dans la nuit, selon le parquet de la capitale. À Marseille, la préfecture de police déléguée a interdit tout rassemblement et manifestation lundi de 12h à 20h sur l'ensemble de la commune, après des violences et pillages en marge de la manifestation de samedi. Le ministre de l'Intérieur a reporté sa venue dans la ville, où le maire Benoît Payan a mis en cause les conditions du maintien de l'ordre et qualifié de « farfelus » les chiffres de la préfecture évoquant jusqu'à 30 000 pillards impliqués.
La mobilisation ne s'arrête pas : la coordination de gilets jaunes à l'origine des manifestations du 17 octobre annonce un « acte II » samedi 24 octobre, avec plusieurs dizaines d'actions déjà programmées, ainsi que des actions le 31 octobre. Lundi matin, l'accès au Louvre a été bloqué par des étudiants se disant « en soutien » au mouvement lycéen et dénonçant « la répression policière » ; le musée n'a pu ouvrir normalement à 9h00.
Sur le plan politique, le président Emmanuel Macron a entamé une tournée de trois jours dans le Golfe — Koweït, Émirats arabes unis, Bahreïn et Qatar — afin de sécuriser des volumes de carburant et faire baisser les prix à la pompe, quelques heures après une adresse aux Français consacrée à l'intérieur. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a annoncé que ni lui ni Marine Le Pen ne participeraient à la réunion des chefs de parti autour du Premier ministre. Il a par ailleurs demandé une coopération accrue entre l'État et les plateformes de revente en ligne pour identifier les profils tentant de revendre des marchandises volées.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a exclu une remise en cause des prochains matchs de football, citant le PSG-Barcelone de mardi à Paris et d'autres rencontres de Coupe d'Europe, notamment à Lille. La Conférence des évêques de France a déploré les « graves troubles » de samedi et appelé à « ne pas se laisser entraîner » dans une « violence mortifère ». La Commission européenne a pour sa part appelé la France à « protéger » le droit à manifester pacifiquement, tout en qualifiant d'« inacceptables » les pillages et incendies du week-end.
