L'armée fédérale éthiopienne et une milice tigréenne alliée contrôlaient dimanche Mekele, capitale de l'État régional du Tigré, après des mois de tensions et une reprise des combats fin septembre dans le nord de l'Éthiopie.
Selon un journaliste local cité par l'AFP, des combattants des Forces de paix du Tigré (TPF), milice affiliée à des dissidents du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ayant rallié le gouvernement fédéral, gardaient dimanche les principaux bâtiments officiels de Mekele, tandis que des militaires éthiopiens patrouillaient dans la ville. Entrée dans le sud du Tigré lundi, l'armée fédérale était entrée samedi sans combats dans Mekele, désertée par les forces des autorités rebelles tigréennes.
Les télécommunications, très fortement perturbées depuis la reprise des hostilités, ont été rétablies. Les échoppes restaient fermées dimanche, de nombreux commerçants ayant mis leurs stocks à l'abri, craignant des pillages dans une ville restée plusieurs heures sans services de sécurité. Dans certains quartiers, des commissariats, bureaux gouvernementaux et domiciles ont été pillés, selon l'AFP.
La prise de la capitale du Tigré, État dont les forces éthiopiennes ne contrôlent pour l'heure qu'une partie, ne marque pas la fin du conflit, certains observateurs craignant désormais qu'il ne s'étende hors d'Éthiopie. « Nous avons pris le contrôle de Mekele et continuons d'avancer », a indiqué à l'AFP un officier des TPF, sans autre détail.
Dans un communiqué dimanche, les autorités rebelles du Tigré indiquent avoir « temporairement déménagé » de Mekele face à l'avancée éthiopienne pour permettre aux forces tigréennes de poursuivre le combat. Dans une vidéo publiée jeudi soir, le président du TPLF Debretsion Gebremichael avait déjà semblé acter les revers de ses troupes et prôner un basculement vers la guérilla. « Notre stratégie est de frapper l'ennemi où nous voulons », a-t-il déclaré, rappelant que le TPLF avait déjà chassé « dans le passé » les forces gouvernementales hors du Tigré, en référence au conflit l'ayant opposé au gouvernement fédéral d'Abiy Ahmed entre 2020 et 2022. Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.
Sur le plan régional, l'Éthiopie accuse l'Érythrée, l'Égypte et les Forces armées soudanaises (SAF) de soutenir le TPLF, sur fond de rivalités dans la Corne de l'Afrique, autour notamment de la mer Rouge. L'Éthiopie est de son côté accusée de servir de plateforme de soutien aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) que les SAF affrontent depuis 2023 au Soudan. L'Égypte considère en outre le grand barrage éthiopien sur le Nil (Gerd) comme une « menace existentielle », et le gouvernement somalien voit d'un mauvais œil le rapprochement d'Addis-Abeba avec le Somaliland.
Selon la présidence égyptienne, un « sommet consultatif » réunira dimanche à El-Alamein, en marge d'une réunion de l'Union africaine, Abdel Fattah al-Sissi, ses homologues érythréen Issaias Afeworki et somalien Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des SAF Abdel Fattah al-Burhane. Ils discuteront de « questions régionales d'intérêt mutuel », indique simplement Le Caire.
Vendredi, l'Éthiopie a accusé l'Érythrée d'actes « d'hostilité et de belligérance », entraînant la rupture de fait de leurs relations diplomatiques. L'Éthiopie a déclaré le même jour un diplomate égyptien persona non grata, entraînant une mesure égyptienne similaire. Quelques heures auparavant, des explosions, causées par des drones selon des observateurs, avaient touché deux bâtiments de l'armée à Addis-Abeba, cible pour la première fois depuis longtemps d'une action militaire.
Les États-Unis ont d'ores et déjà averti samedi que les tensions actuelles entre Éthiopie et Érythrée, rivaux historiques, « pouvaient potentiellement affecter » toute la Corne de l'Afrique et exhorté les deux pays à « respecter l'intégrité territoriale » de leurs voisins. L'Éthiopie et l'Érythrée se sont affrontées entre 1998 et 2000 lors d'un conflit à grande échelle. En prenant la tête de l'Éthiopie en 2018, Abiy Ahmed s'est rapproché d'Issaias Afeworki, récompensé l'année suivante par le prix Nobel de la paix, avant une nouvelle dégradation des relations, sur fond notamment de velléités répétées de M. Abiy de doter son pays enclavé d'un accès souverain à la mer Rouge.
