Emmanuel Macron a refusé la démission du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez et l'a maintenu en fonction, au nom de « la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel », a indiqué l'Élysée. Le ministre avait présenté sa démission dimanche, après les violences survenues en marge de la mobilisation du 17 octobre.
Le chef de l'État demande à Laurent Nuñez de déployer « au plus vite sur le terrain de nouveaux modes d'action » pour lutter contre les « casseurs ». Il réclame aussi de la « transparence », en pointant « les défaillances d'anticipation et de renseignements » qui ont conduit à des émeutes et des destructions.
« J'ai remis ma démission parce que je suis responsable de tout ce qui se passe », a déclaré Laurent Nuñez, reconnaissant « une perte de contrôle » dans certaines villes. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a estimé que les autorités avaient « failli incontestablement ».
Les chiffres communiqués par les autorités font état de 2 331 gardes à vue, de dizaines de placements en détention provisoire et de près d'un millier de membres des forces de l'ordre blessés. Des manifestants ont également été grièvement atteints : à Saint-Étienne, un homme de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade ; à Mulhouse, une jeune femme du même âge a perdu un œil.
Les violences se sont poursuivies dimanche dans des proportions moindres, avec environ 350 interpellations, et durant la nuit à Paris. Une trentaine de commerces ont été pillés dans la capitale, d'après le maire Emmanuel Grégoire. Lundi, l'accès au Louvre était bloqué par des étudiants mobilisés en soutien au mouvement des lycéens et dénonçant « la répression policière ».
La gestion des manifestations est dénoncée par une partie de la classe politique et par des maires. À six mois de l'élection présidentielle, l'opposition pointe la responsabilité d'Emmanuel Macron. Le maire socialiste de Paris lie les violences à « une forme de pourrissement de ce mouvement social organisé par le gouvernement ». Jordan Bardella (Rassemblement national) affirme que « le pouvoir a totalement déserté ». Raphaël Glucksmann, candidat social-démocrate, regrette « l'impuissance » du président et de l'État. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, épingle La France insoumise, qu'elle accuse de porter « une responsabilité morale et politique dans les violences ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a ouvert une cellule interministérielle de crise portant sur l'économie et le commerce, les assurances et le suivi judiciaire. Il a par ailleurs été chargé par Emmanuel Macron de réunir partis, syndicats, collectivités et parlementaires. Laurent Nuñez est attendu à Marseille, où les rassemblements ont été interdits par la préfecture de 12 heures à 20 heures.
Des commerçants, distributeurs, hôteliers, restaurateurs, banques et assureurs ont été reçus à Bercy. Le président du réseau des chambres de commerce et d'industrie estime que plus de 2 000 commerces seront touchés, pour des dégâts de « centaines de millions d'euros ». La procureure de Paris, Laure Beccuau, a promis de rechercher les auteurs de violences ou de pillages, notamment grâce aux traces d'ADN et aux empreintes.
Plusieurs responsables politiques pointent le rôle des réseaux sociaux, comme Gabriel Attal, qui plaide pour leur « blocage temporaire » là où se déroulent des émeutes. L'Association des maires de France appelle à des rassemblements devant les mairies pour dénoncer les « attaques graves portées contre les institutions démocratiques ». À l'étranger, le président américain Donald Trump a écrit que « la France brûle », estimant que le pays était « brisé » par l'immigration.
